Quelles sont les pratiques agricoles les plus « durables » ? Essai de caractérisation des systèmes de cultures

Par Chloé Malaval, Lionel Jouy, Philippe Desvignes, Françoise Carpy-Goulard et Aline Dumont
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Annexe 1 : Les indicateurs retenus

Annexe 2 : Description synthétique des 4 systèmes de culture étudiés

 


 

 

Annexe 1 : Les indicateurs retenus

IVAN (€/ha) : investissement valeur à l’achat, permet d’évaluer, ramenée à l’hectare, la valeur à l’achat du matériel utilisé sur différentes exploitations en prenant en considération la politique de renouvellement du parc matériel de chacun (matériel neuf, matériel d’occasion…). Cet indicateur caractérise la capacité d’un système à immobiliser un capital matériel à l’hectare.

Ha/UTH : temps de travail par hectare. Il s’agit du temps de travail nécessaire pour réaliser les opérations nécessaires sur les parcelles (temps de déplacement, attelage, dételage, compris), mais qui ne prend pas en compte le temps nécessaire à la gestion (temps passé au bureau).

Pression N/ha (kgN/ha) : il s’agit simplement de la quantité moyenne d’azote apportée à l’hectare obtenue en divisant la somme des quantités d’azote par la surface. Attention, comme pour beaucoup d’indicateurs, la surface en jachère est prise en compte dans la SAU, même si on ne fait aucune intervention sur cette jachère.

Niveau des rendements (% Haute-Garonne) : on a exprimé les rendements de chaque culture par rapport au rendement moyen départemental de cette culture et on a pondéré chaque résultat par la surface de cette culture par rapport à la SAU sans les jachères. Il caractérise la capacité d’un système à satisfaire une demande, mais il caractérise aussi les pratiques de l’agriculteur et le potentiel pédoclimatique du lieu.

Produit brut exploitation (€/ha) (hors aides PAC) : il s’agit des rendements obtenus en 2007 multipliés par les prix réels de vente en 2007.

Coûts de production (€/t) : on fait la somme des intrants (engrais, amendements, produits phytosanitaires, semences), des charges de mécanisation (amortissement, entretien, réparations, fuel, travaux par tiers), des charges de main d’œuvre (salaires, charges sociales, Mutualité sociale agricole exploitant, rémunération de la main d’œuvre familiale), des autres charges fixes (assurances, frais divers, rémunération des capitaux propres), des charges de foncier (fermage pour toute la surface) relatifs à la culture la plus représentée sur l’exploitation et on divise par le rendement. Il caractérise la capacité d’un système à être compétitif sur le marché mondial. Un coût de production peut être plus élevé, et correspondre à une demande (ex. : production en agriculture biologique). Cet indicateur n’a été calculé que pour la production la plus significative du système, mais il pourrait l’être pour toutes les productions.

Marge brute exploitation (€/ha) : produit brut (hors aides PAC) moins les intrants ramené à l’hectare.

Marge nette exploitation, aides PAC comprises (€/ha) : marge brute + les aides PAC - les charges de structure.

Efficience économique des intrants : efficience technique du système de production pour transformer les intrants. Il indique de combien est augmentée la marge brute par euro d’intrant utilisé. Il correspond à « (produits – intrants) / intrants » et se calcule directement au niveau de l’exploitation, mais on pourrait envisager de le calculer par culture.

Indice de couverture du sol (%) : durée relative de la période pendant laquelle le sol reste nu entre le 1er septembre et le 30 avril et part relative des surfaces dont le sol est nu pendant cette même période. Pour une parcelle, on calcule le nombre de jours où le sol est couvert : soit il porte une culture (principale ou culture intermédiaire piège à nitrates) semée depuis plus de huit jours, soit il porte des repousses de la culture précédente, soit les débris de la culture précédente récoltée à l’automne ont été broyés et enfouis superficiellement (cf. réglementation 4e programmes d’action ZV). Calculé pour chaque parcelle, il est ensuite agrégé à l’échelle de l’exploitation en pondérant par la surface relative de chaque parcelle. Il caractérise la capacité d’un système à limiter le lessivage du nitrate en cas reliquat azoté pendant l’interculture, et l’érosion.

Balance globale azotée (kg N/ha) : solde « entrées d’azote – sorties d’azote », exprimé en kilos d’azote par hectare. Pour l’obtenir, on calcule ce solde pour chaque culture, on fait le total et on divise par la SAU de l’exploitation ; le solde n’est pas calculé pour les protéagineux (entrées = sorties), mais leur surface, ainsi que celle des jachères, sont prises en compte dans la SAU. Il caractérise la capacité d’un système de culture à maîtriser les besoins en azote des plantes.

IFT exploitation : indice de fréquence de traitement. Cet indice combine le nombre de passages et la dose utilisée exprimée par rapport à la dose homologuée. Un passage à dose pleine compte pour 1, un passage à demi-dose, pour 0,5. Un traitement partiel de la surface (X %) à la dose homologuée compte pour X %. Un traitement localisé, un traitement dans la ligne de semis compte pour ½ (cf. IDEA). Les traitements de semences ne sont pas pris en compte. Attention, l’IFT ne prend pas du tout en compte les caractéristiques (dangerosité, solubilité, persistance dans le sol…) des matières actives utilisées vis-à-vis de l’environnement. Il caractérise la dépendance d’un système de culture par rapport à l’usage des produits phytosanitaires.

Impact énergétique (MJ/ha) : estimation des quantités d’énergie primaire non renouvelable nécessaires pour produire les intrants (fertilisants, phytosanitaires, carburants, électricité…) et équipements utilisés sur l’exploitation. Les énergies renouvelables (hydrauliques, éoliennes, solaires…) utilisées pour produire ces intrants ne sont pas prises en compte. La méthode de calcul utilisée est celle de l’analyse de cycle de vie.

Énergie brute produite (MJ/ha) : estimation de l’énergie potentielle contenue dans les grains, au moment de la récolte. Il s’agit de l’énergie brute contenue dans la partie récoltée des cultures ; les valeurs de chaque production correspondent aux valeurs d’énergie indiquées dans les tables d’alimentation. Le fait de passer par cette énergie brute permet de faire les calculs, y compris lorsque les cultures considérées sont des productions fourragères.

Impact climatique (t eq CO2/ha) : quantité de gaz à effet de serre (traduite en tonnes d’équivalent CO2) émise lors de la fabrication et de la mise à disposition des intrants et équipements utilisés, et directement par le système. Il s’agit là des émissions de CO2 par combustion des carburants (sauf biocarburants), émissions de N2O lors des apports d’engrais azotés minéraux et organiques, et émissions de gaz à effet de serre lors de la fabrication et mise à disposition des intrants nécessaires et des carburants. La méthode de calcul utilisée est celle de l’analyse de cycle de vie.

Carbone fixé par les cultures (t eq CO2/ha) : quantité de carbone (traduite en tonnes d’équivalent CO2) fixée lors de la photosynthèse dans la partie récoltée des plantes. Il est hors de question de comparer ces tonnes d’équivalent CO2 contenu dans les récoltes (plutôt que fixé) avec les tonnes d’équivalent CO2 correspondant aux gaz à effet de serre produits directement ou occasionnés par la mise à disposition des carburants et des autres intrants. Si l’on voulait faire un bilan, il faudrait comparer ces dernières avec le carbone (traduit en équivalent CO2) fixé à long terme dans le sol.

Productivité de l’eau d’irrigation (kg MS/m³) : quantité de matière sèche supplémentaire obtenue sur les parcelles irriguées par m3 d’eau d’irrigation consommée. Cet indicateur caractérise le niveau de valorisation des ressources en eau par un système de culture.


Annexe 2 : Description synthétique des quatre systèmes de culture étudiés

Système de culture n° 1

Système (SAU, UTH) : Système sec en argilo-calcaire et temps de travail optimisé, TSL
(SAU : 140 ha, 1 UTH).

Objectifs principaux

  • Assurer une marge nette élevée (culture/intrant).
  • Recherche de temps disponible.

Atouts/contraintes :

  • Îlots de parcelles éloignés et morcelés.
  • Coteaux.

Rotation (Rdt : q/ha) : Pois (35 q/ha)/blé dur (42 q/ha) ; tournesol (22 q/ha)/blé dur (42 q/ha)

Stratégie équipement matériel : Achat individuel. Temps de traction = 4,5 H/ha. Consommation fioul = 52 l/ha.

Conduite de la culture : TSL. Date de semis,choix de la variété, fertilisation et protection des cultures adaptés au contexte de la parcelle.

Interculture : Déchaumage(s) puis glyphosate si nécessaire puis préparation du sol avant le semis.
Pas de culture intermédiaire.

Usage du glyphosate et de la métaldéhyde : 

  • Glyphosate : 434 g/ha (moy 2006-2007).
  • Métaldéhyde : 50 g/ha (moy 2006-2007).

Irrrigation : Non irrigué

Stockage à la ferme : Blé dur. Capacité de stockage 35 t.

Système de culture n° 2

Système (SAU, UTH) : Semis direct continu et couvert permanent en argilo-calcaire, sans irrigation (SAU : 188 ha, 1,2 UTH).

Objectifs principaux :

  • Conservation des sols pour éviter l’érosion.
  • Volonté de limiter les intrants.

Atouts/contraintes :

  • Capacité à investir du temps sur la maîtrise technique.
  • Îlots de parcelles éloignés, morcelés.
  • Nombreuses pentes, risques d’érosion importants, sol à faible teneur en MO (1,2 %).

Rotation (Rdt : q/ha) : Colza (28 q/ha) ; blé dur (45 q/ha) ; sorgho + luzerne (60 q/ha) ; orge (50 q/ha) ; avoine (50 q/ha) ; tournesol + luzerne (23 q/ha) ; blé tendre (65 q/ha).

Stratégie équipement matériel : Achat individuel et semoir SEMEATO®. Temps de traction = 3,5 H/ha. Consommation fioul = 44 l/ha.

Conduite de la culture : Semis direct permanent. Date de semis, choix de la variété, fertilisation
et protection des cultures adaptés au contexte de la parcelle. Usage réduit des intrants (sauf glyphosate et anti-limaces).Semis d’une luzerne sous couvert de sorgho et tournesol avec pour objectif de la garder 3 ans

Interculture : Peu de déchaumage, semis d’un couvert (mélange) puis glyphosate.

Usage du glyphosate et de la métaldéhyde :

  • Glyphosate : 775 g/ha (moy 2006-2007)
  • Métaldéhyde : 165 g/ha (moy 2006-2007)

Irrrigation : Non irrigué

Stockage à la ferme : Possibilité de stocker toute la récolte. Capacité de stockage = 800 t.

Système de culture n° 3

Système (SAU, UTH) : Système monoculture maïs irrigué en boulbènes (SAU : 74 ha, 1 UTH).

Objectifs principaux :

  • Valorisation par le maïs d’une eau disponible.

Atouts/contraintes :

  • Quantité d’eau élevée à disposition, parcellaire groupé.
  • Temps passé à l’ha élevé (irrigation), faible réserve utile.
  • Zone périurbaine.

Rotation (Rdt : q/ha) : Monoculture maïs (105 q/ha).

Stratégie équipement matériel : Achat individuel. Récolte entreprise.Temps de traction = 4,2 H/ha.Temps Irrigation = 10 H/ha. Consommation fioul = 69 l/ha.

Conduite de la culture : Date de semis, choix de la variété et protection des  cultures adaptés au contexte de la parcelle. Irrigation non limitante sur la totalité des parcelles (pivot, couverture totale et couverture intégrale).

Interculture : Broyage des résidus puis enfouissement superficiel puis labour (50 % des cas) ou travail superficiel (50 % des cas).

Usage du glyphosate et de la métaldéhyde : Pas de glyphosate, pas de métaldéhyde en 2006 et 2007.

Irrrigation : Maïs irrigué.

Stockage à la ferme : Pas d’installation de séchage, pas de stockage.

Système de culture n° 4

Système (SAU, UTH) : Système AB, grandes cultures irriguées en vallée (SAU : 91 ha, 1 UTH).

Objectifs principaux :

  • Valorisation d’un débouché biologique.

Atouts/contraintes :

  • Sol à bon potentiel de rendement et parcelles irrigables.
  • Temps passé à l’ha élevé.

Rotation (Rdt : q/ha) : Féveroles (22 q/ha) ; maïs (83 q /ha) ; gel trèfle violet (6 t/ha) ; blé tendre (39 q/ha) ; soja (33 q/ha) ; soja (33 q/ha) ; blé tendre (39 q/ha). Importance de la sole protéagineux (soja et féverole).

Stratégie équipement matériel : Matériel en grande partie en CUMA. Matériel spécifique pour gérer les adventices. Temps de traction = 5,7 H/ha. Temps Irrigation = 4 H/ha. Consommation fioul = 90 l/ha.

Conduite de la culture : 60 % de la surface labourée chaque année. Date de semis, choix de la variété, adaptés au système AB et au contexte de la parcelle. Fertilisation organique sur maïs et blé tendre. Interventions mécaniques sur la culture (3 à 4 passages).

Interculture : Beaucoup d’interventions en interculture (1 à 4 passages), pas de culture intermédiaire.

Irrrigation : Maïs et soja irrigués. Féveroles et blé irrigués si nécessaire.

Stockage à la ferme : Installation de triage, nettoyage et stockage temporaire. Capacité de stockage = 75 t.

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